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12/05/2008

Les 60 ans. 2e partie : Tel Aviv

  Il est minuit. Nous prenons le sherout, le petit taxi jaune contenant 10 personnes qui relie Jérusalem à Tel Aviv. Les shérout sont bien pratiques, ils évitent l’attente des bus, et permettent  de se déplacer tard le soir quand il n’y a plus de transports en commun entre les deux grandes villes israéliennes. Dans le sherout, il n’y que des juifs Falashas éthiopiens complètement saouls qui chantent à tue-tête au son des musiques de leur téléphones portables.

 A Tel Aviv, il fait toujours chaud, même à 1h. Un deuxième shérout et nous arrivons devant une boîte de nuit underground dans un quartier un peu industriel.  Il y a trois étages avec des ambiances différentes : house, électro..Il y a beaucoup de monde, mais les gens dansent à peine, ils ont tous leurs verres à la main, discutent, bougent un peu. Mais il manque quelque chose à l’ambiance, une sorte de grain de folie.

 Changement de boîte de nuit. Cette fois on se retrouve dans une soirée tout en haut d’un building, sur une grande terrasse à ciel ouvert. La vue sur tout Tel Aviv est magnifique. On y passe Bob Sinclar, David Guetta. L’ambiance est classe et trendy, la musique commerciale. On y ressent une sorte d’insouciance et d’indifférence à tout.

 A 5h du matin, les rues de Tel Aviv sont toujours vivantes. Tout le monde se promène dehors. Un ami israélien erre avec ses amis dans la rue Ben Yehuda. Il m’envoie un message et me dit « cette nuit est vraiment bizarre ». C’est que, il y a tellement de soirées, tellement de possibilité de faire la fête en cette nuit de célébration nationale que finalement tout le monde ne va nulle part et chacun reste dans la rue, à errer, à boire des coups aux terrasses ou sur la plage. Mais rien de tellement grandiose au final. Beaucoup de jeunes israéliens considèrent que c’est finalement une soirée comme une autre, et qu’ils se sentent « obligés de faire la fête jusqu’à 5h du matin », un peu comme le soir de la Saint Sylvestre.

 A 6h du matin, dans un café très connu à l’angle de Rodschild et Hallenby où ils servent les meilleurs œufs de Tel Aviv, les derniers fêtards prennent leur petit déjeuner avant tout le monde. Groupes de copains, couples, il n’y a pratiquement que des jeunes. Un couple se dispute même au milieu des tables, et les voisins, captivés, prennent part à la discussion.  

 Le lendemain, à midi, la plage et le bord de mer de Tel Aviv sont déjà bondées par les passants venus assister au spectacle de la Marine et de l’armée de l’air. Chacun a ramené son pique-nique, son appareil photo et ses lunettes de soleil. On y voit défiler un sous-marin, des avions de chasse, des drones, des avions ravitailleurs, mais aussi des dizaines de parachutistes fendant le ciel bleu immaculé. Ils atterrissent un par un dans un coin de la plage spécialement gardé pour eux. L’un d’eux s’écrase même dans la foule, causant de nombreux blessés. Tous les journaux du lendemain parleront de cet accident. Durant tout le spectacle, un speaker énonce en hébreu, puis en anglais le nom des engins et leurs rôles, suivis de « Oh !! » et de « Ah !! » et d’applaudissements.  La foule est subjuguée par le spectacle militaire, les citoyens/spectateurs, enthousiastes et ainsi rassurés. 

23/04/2008

Le jeune sergent Benjamin.H

Le jeune sergent a passé le Seder, le dîner de Pessah, avec sa famille et moi comme invitée. « Je suis sergent dans les services de renseignement de Tsahal». Pourtant il est tout jeune, même pas 25 ans, et une timidité qui jure avec son statut. Le jeune sergent est frustré car il ne peut rien dire de ce qu’il fait, de ce qu’il voit. Contrairement à ses amis, les « simples soldats », qui racontent à leurs proches, pour évacuer le stress et la pression, les incursions en Cisjordanie, ou les contrôles aux check points. A la place, il fait de la moto sur les autoroutes israéliennes. Le jeune sergent n’est pas un « fighting soldier », mais il a l’air de savoir beaucoup de choses. D’ailleurs, sa barbe lui donne l’air mystérieux de celui-ci qui se cache. Il raconte qu’à cause de son unité spéciale, il ne pourra pas se rendre dans certains pays pendant les cinq ans après la fin de l’armée : Indonésie, Thaïlande, Egypte, et même la Jordanie. Comme il sait certaines informations, on ne sait jamais, il pourrait se faire arrêter dans ces pays et : parler. Son rêve à lui, c’est plutôt de faire le tour de l’Europe après la fin du service dans six mois. En Israël, tous les jeunes qui finissent l’armée partent quelques mois faire le tour de l’Asie, de l’Amérique du sud ou de l’Europe avant de début leur « vraie vie », comme ils disent. Le jeune sergent est seulement allé dans deux pays étrangers. B.H est un fin diplomate, on a dû lui apprendre comment parler aux gens. Quand je lui demande si les services Israéliens coopèrent beaucoup avec les Européens pour combattre l’Islamisme, il me répond : « Tu connais la réponse toute seule... ». Il ne m’aura rien dit, pourtant j’ai eu confirmation.

B.H, malgré son statut, reste très accessible, dans la vie de tous les jours. C’est qu’en Israël, les soldats ont deux existences distinctes: l’armée et la vie civile. B.H habite près de Tel-Aviv et ce soir-là, après le bon dîner du Seder durant lequel se sont succédé œuf dur, poisson, potage, poulet, re-poulet avec une sauce différente, dessert et thé, B.H a vraiment envie de fumer une clope à la terrasse de l’appartement. Mais sa mère est à côté alors il prend sur lui et me regarde avec ma cigarette, envieux. À la place, il se sert un verre de vodka. La base du jeune sergent est à Jérusalem, mais il n’aime pas beaucoup cette ville, il la trouve trop religieuse, pesante, pas drôle. On ne peut pas vraiment s’y amuser selon lui. De retour à Tel-Aviv pour les vacances, il a l’air de renaître. B.H, avachi sur la chaise de la terrasse du 8e étage, les jambes posées contre le rebord, rigole et regardant ses chaussettes : « Tu sais, quand t’es dans l’armée, dès que tu as la possibilité d’enlever tes chaussures, c’est un soulagement ! ». Son téléphone portable sonne, il parle en hébreu, raccroche et en anglais : « C’est un de mes meilleurs potes qui est complètement athé et qui voulait pas faire Pessah. Il est chez lui, tout seul, il dit que c’est un des pires moment de solitude de toute l’année ! ». A 1h du matin, le Seder terminé, B.H va boire des verres dans le centre de la ville, comme n’importe quel autre jeune.

 
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