Avertir le modérateur

27/03/2008

Madame M

Elle habite un petit pavillon de la banlieue est-parisienne et est juive orthodoxe marocaine. Seule, elle est juste entourée de sa fille Judith et de sa petite-fille de 6 ans qui adore venir jouer dans ses jupons. Ses autres enfants ont décidé de vivre en Israël. Mais le va et vient des fidèles de la petite synagogue dont elle s’occupe, semble lui tenir compagnie.

 Elle a de grands yeux noirs fardés de bleu, une perruque couleur miel, porte de longues jupes sombres et des hauts quelques fois pailletés qui cachent ses bras. Autour du cou, non un signe religieux mais un simple cœur en argent. Madame M n’est plus toute jeune, mais elle travaille encore malgré son statut de grand-mère. Depuis toujours, elle enseigne la langue hébraïque et la Torah pour les jeunes filles dans le nord de la capitale française. Un temps, elle s’occupait même des conversions de femmes non-juives au Consistoire de Paris. Elle se souvient d’ailleurs d’une comédienne « splendide » qu’elle avait du convertir pour un mariage mixte. "J'avais aussi du convertir rapidement son petit garçon car il était né goy", ajoute-t-elle. 

Madame M, je l’ai trouvé par hasard quand j’étais en pleine quête pour trouver un professeur d’hébreu. Après plusieurs recherches infructueuses sur Internet, j’ai pensé que le meilleur moyen serait de me rendre dans la synagogue de ma ville. Le premier jour, Madame M était suspicieuse, elle me posait des questions sur mes « connaissances » locales, est ce que je côtoyais les Cohen ou les Hazan. Puis à la fin de la première journée, les joues rosies par la gêne, je lui ai avouée : « Mais je ne le suis pas Madame ». Le sourire en coin, elle m’a regardé avec amusement. Finalement, ça ne lui posait pas de problème.

Les semaines ont passé et Madame M m’a tout expliqué. En quelque sorte, elle a fait mon éducation de la religion juive. On avait l’habitude après chaque fin de leçon de discuter religion, vision du monde, fêtes. C’est là que j’ai appris ce qu’était le « grand nettoyage de Pessah » ou les déguisements de Pourim quand une fois j’étais arrivée pour ma leçon et la maison toute entière sentait les gâteaux. A la fin, dépitée, elle m’a expliqué qu’elle ne pourrait pas se servir du miel acheté au supermarché car il n’était pas casher. Interloquée, je lui ai demandé pourquoi et elle m’a répondu tout naturellement : « car il est composé de gelée royale ». Parfois en plein milieu de la leçon, elle se retire et fait sa prière. Elle se lève soudainement, et je vois alors ses lèvres remuer rapidement. Puis elle se rassoit et me demande sur un ton désinvolte : « on en était où ? ».

Madame M m’a aussi parlé d’Israël et de la France. Tiraillée entre les deux parties de sa famille, ceux partis et ceux restés, elle a finalement choisi l’Hexagone. « C’est chez moi », considère-t-elle. Pourtant, elle est restée un brin envieuse quand on évoque mon départ. « Cela fait tellement longtemps que je n’y suis pas retournée… », soupire-t-elle.

 La dernière fois, Madame M m’a avoué qu’elle adorait la série « Colombo ». Pourtant, elle regarde peu la télé et ne se rend presque jamais au cinéma. Son dernier film, c’était « Bienvenue chez les Chtis » mais elle m’a confié après-coup : « J’y suis allée pour faire plaisir à ma copine ». Madame M est de ces grands-mères qui parlent toujours comme les jeunes filles et qui s’amusent de la jeunesse. « Dans le RER, je garde toujours une feuille blanche et des feutres pour ma petite-fille car je sais qu’elle adore dessiner des princesses avant d’aller à l’école, elle a un vrai talent d’artiste cette gamine », dit elle en regardant la brunette sautiller dans le salon.

 

 

 

 

28/02/2008

Le parcours du combattant

Quand on est pas simple touriste, il n'est pas toujours aisé d'obtenir un visa pour l'Etat hébreu. Dès Paris, les "galères" commencent.


Janvier 2008 : première tentative de contact avec le consulat. Sur Internet, le site n'offre aucune information concrète et précise mais m'invite juste à appeler le consulat pour prendre rendez-vous. Pour répondre à mes appels, une simple hotline qui au bout de 5 minutes, m'invite à taper 1, 2 ou 3, puis raccroche automatiquement.

Après ce premier échec téléphonique, je décide encore pleine d'espoir, une première visite au consulat d'Israël rue Rabelais dans le 8e arrondissement de Paris. A l'entrée de la rue, une grande barrière et deux policiers français me barrent le passage. "Vos papiers d'identité s'il vous plaît". La dernière fois que j'ai vu une rue barrée de ce type, c'était à Londres, dans la rue qui habrite les appartements de la famille royale. Je ne savais pas qu'à Paris aussi, on devait se faire connaître pour marcher dans certaines rues.
Après avoir passé ce premier niveau, un homme en civil m'attend, seul, au milieu de la rue Rabelais. La rue est déserte, il n'y a que lui et moi. L'homme à la peau mate me demande si je parle hébreu, puis me parle directement en anglais. Un peu énervée, je me tais pourtant mais m'efforce de prendre mon pire accent français quand je parle en anglais.
"Pourquoi vous êtes venue?" me demande-t-il. Je lui explique ma situation un peu particulière : ni touriste, ni salariée. Je suis dans le monde fumeux des stagiaires et cherche un visa qui cole le mieux à ma situation. L'homme me dit de patienter dehors et rentre seul dans l'imposant bâtiment du consulat. Pendant les longues minutes d'attente, je regarde, sous la pluie, la rue déserte et me dis que cette situation est décidemment étrange. Finalement, l'homme revient mais ne m'invite pas entrer. "J'ai demandé mademoiselle, pour le stagiaires c'est comme les visa touristes, vous rentrez dans le pays et renouvellez votre visa 3 mois après". Merci Aurevoir. Frustrée, je dois quand même m'en aller.

Février 2008 : les jours passent et réalisant que cette affaire doit être prouvée par des signes tangibles, je décide de retourner rue Rabelais. Les policiers français sont toujours là, imperturbables. Cette fois je ne suis pas la seule à attendre. Il y a deux jeunes hommes, des étudiants de l'ESCP comme moi. Je suis rassurée en voyant qu'après avoir parlé avec le "passeur" de la rue Rabelais, ils rentrent finalement dans les locaux. Moi je dois quand même attendre 10 minutes dehors.

A l'intérieur, une petite salle d'attente. Je retrouve les deux jeunes de l'ESCP. Un des deux est le président de l'association "Israël". Ils cherchent des visas pour tous les membres de l'association car ils organisent un voyage dans l'Etat hébreu. Il y aussi un vieux couple, un père et ses deux fils..La dame derrière la vitre blindée et son micro, m'explique finalement la situation : soit je rentre en visa touriste mais doit quitter le territoire au bout de 3 mois ou renouveller le visa au ministère de l'Intérieur à Jérusalem. Soit mon entreprise doit faire une demande au ministère de l'intérieur, qui envoie un recommandation au consulat à Paris, qui me créé un visa sous réserve de leur montrer une convention de stage.

Merci madame, je repars, mon Elle à la main en me disant "il faut toujours creuser un peu pour avoir ce qu'on veut.."

adresses utiles : Consulat d'Israël à Paris, 8 rue Rabelais, 75008 Paris

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu